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Réflexions liturgiques et théologiques

jeudi 3 mai 2012

Réincarnation et Christianisme suite


Les différentes conceptions philosophiques de l'existence humaine :
Nos conceptions de la vie, de notre vocation, du passage et de l'existence « post mortem » sont bien évidemment conditionnées par des a aprioris philosophiques  liés à notre attitude, et sont loin d'être universels et partagés par l'ensemble de l'humanité. Il me semble indispensable de mettre au clair les différents types de conception de l'homme qui sous-tendent ces valeurs. Sans nous lancer dans un discours magistral, il me semble essentiel de définir clairement, et simplement, ces différentes philosophies dans un bref aperçu typologie des métaphysiques principales.
La métaphysique est la partie de la philosophie qui s'occupe de l’être et des principes premiers. C'est en quelque sorte une protophilosophie. La métaphysique est ontologique, c'est-à-dire science de l'être en tant qu'être. La métaphysique se réfère à un « au-delà de la nature ».  Marie Madeleine Davy affirme que « la métaphysique appartient à un passé. Elle concerne aujourd'hui, non pas un petit nombre d'hommes, mais quelques rares initiés ». L'abbé Stéphane ne dit pas autre chose lorsqu'il affirme « l'homme moderne, dans sa grande majorité, est incapable de comprendre les théories métaphysiques. C'est pourquoi il se laisse fasciner si aisément par les théories néo spiritualistes qui ne sont que des contrefaçons et des perversions des doctrines traditionnelles ».
Faisons un catalogue rapide des quelques modèles métaphysiques réellement existants et des implications qui en découlent tant sur le plan philosophique qu’anthropologique. Finalement ces philosophies tournent au tour de quelques solutions, de quelques visions du monde. Globalement elles peuvent se classer en deux catégories : le monisme et le dualisme.
A-     Les systèmes monistes réduisent l’être à une seule réalité. Il convient de distinguer d'une part systèmes matérialistes selon lesquelles l'univers matériel serait le seul existant , et d'autre part les systèmes idéalistes selon lesquelles la substance unique serait divine, l'univers matériel n’en constituant qu'une émanation contingente,  le plus souvent mauvaise, parfois illusoire.
1) le matérialisme
Au commencement il y a la matière qui se débrouille seule pour produire les êtres vivants et les êtres pensants. Lorsqu'elle a fini son travail, tout retourne à la matière brute initiale ; il n'y a pas de Dieu, pas d'intelligence organisatrice. Tout se produit par hasard,  l’être premier étant la matière. Dans cette hypothèse la matière est donc éternelle, donc l'univers physique est inusable, immortel : c’est l’être lui-même. La question qui se pose est la suivante : si la matière est l'être premier, pourquoi n'est-elle pas restée ce qu'elle était ? Elle ne doit pas s’user, mais elle ne peut pas s'enrichir. Alors, comment peut-elle se donner une information qu'elle ne possédait pas.  Pour Karl Marx la matière est auto créatrice. Il s'agit d'un dogme matérialiste non démontré. Il explique par là que la matière peut s'enrichir en informations au cours du temps. L'astrophysique actuelle contredit cette théorie en affirmant que l'univers a commencé : théorie du bing-bang.
2) le panthéisme
Cette tradition affirme que c'est l'univers physique lui-même qui est divin, Dieu étant l’âme du monde. Incréé parce que divin, éternelle, inusable, c'est la conception de Spinoza : c'est une divinité immanente ne faisant qu'un avec la nature. Pour lui il y a unité de substances. Mais alors qu'en est-il des êtres que nous sommes ? Cette théorie n'a pas de réponse. Elle souffre d'une contradiction interne et s’oriente vers un athéisme ou alors vers un idéalisme.
3) Le monisme acosmique
C’est une métaphysique très ancienne, voir la plus ancienne. Elle se rencontre dans l'Inde ancienne. L’être est un, il est l'absolu, impersonnel et inconditionné. La multiplicité des individus n'est qu'une illusion, une apparence. Nous ne sommes qu'une modification de cette substance unique et divine. C'est donc une illusion que de nous imaginer que nous sommes des personnes distinctes les unes des autres. L'existence individuelle est illusoire. Nos expériences sont illusoires. Et cela va déboucher à terme sur la métempsycose, appelé encore réincarnation. Cette théorie implique qu'à un moment donné, une catastrophe apparait dans l'absolu pour qu'il en soit résulté cette apparence d'êtres multiples. Mais rien dans ses théories ne nous renseigne sur l'origine, la nature, la cause et le sens de cette catastrophe, de cette chute de l'absolu dans la matière.
B-      Les systèmes dualistes.
Ce sont des explications selon lesquelles il existe deux  réalités : l'univers physique dont la   substance objective n'est pas niée,  et le divin qui en est la source et peut comprendre un ou plusieurs dieux selon les différents systèmes.
1)      Les systèmes dualistes de type théosophique et gnostique. Ils affirment qu'il y a eu une tragédie au sein de l'absolu antérieure à l'univers physique. Cette tragédie est première. En général le point de départ est un chaos originel suivi souvent d'un combat entre les dieux. Dans tous ces systèmes il y a un Dieu inconditionné et impersonnel qui précède des divinités personnelles souvent un Dieu bon et un Dieu mauvais. Nous rencontrons souvent le thème de la pré- existence et de la chute des âmes dans le corps considéré comme mauvais, dans un monde mauvais, dans une matière mauvaise. Ce mal est antérieur à l'existence concrète de l'univers. Le corps mauvais est considéré comme la prison des âmes divines. Cette tradition postule le combat de deux principes divinisés, le bon et le mauvais, le mauvais étant le créateur de l'univers physique et le responsable de l'emprisonnement des âmes dans le corps. Cette conception se rencontre dans le catharisme, le manichéisme, etc.

2)      la métaphysique de la création
C’est la métaphysique judéo-chrétienne qui prétend que l'univers existe bel et bien  et qu'il est bon car Dieu dit : « cela est bon ». Mais cet univers n'est pas autosuffisant : il dépend d'un Autre : le créateur, Dieu, a créé l'univers à partir de rien, et il est distinct de son univers, de sa création. Ayant créé l'univers, Il ne s'en désintéresse pas mais opère d'une manière actuelle et continuelle, car sa création n'est pas achevée. Pour les juifs puis pour les chrétiens, c'est la parole créatrice de Dieu qui opère dans l'univers dont il est rigoureusement distinct à l'inverse logos immanent des stoïciens qui constituait la note du monde. Pour nous le logos est certes divin et immanent mais il est également transcendant. Cette création n'affecte en rien le caractère absolu de Dieu. Rien ne le contraint à créer le monde. Il s'agit d'un don libre et  désintéressé car pour lui l'acte de créer et l'acte d'aimer ne font qu'un.
Dans les théories précédentes, le but de notre vie et de nous faire retourner à l'unité dont nous serions exilés par l'illusion. Il s'agit d'une mystique de fusion. Alors que pour nous il n'est pas question de retourner à l'origine, de réintégrer une quelconque unité originelle : il s'agit de nous unir à Dieu, mais sans confusion ni des personnes, ni des natures. L'existence individuelle subsiste, elle n'est pas abolie mais au contraire exaltée. Il s'agit ici d'une mystique de l'union et non de fusion. Il est ici question de naître de nouveau, de naître d'en haut. Il est indispensable de rappeler que, pour nous, l'âme humaine n'est pas divine à l'origine, elle n'est pas incréée,  qu'elle ne préexistait pas au corps car en réalité, c'est elle, qui forme et  constitue le corps organisé et vivant. Sa vocation est divine, non par nature ou par essence, mais par vocation et par Grâce. Il est important de rappeler que Dieu est, et restera, l'altérité absolue pour l'homme, quel que soit le niveau de réalisation spirituelle qu'il aura atteint.
Je pense que vous comprenez que ces différentes théories s'excluent mutuellement. Tout ceci nous montre la nécessité absolue de choisir un chemin, et de rejeter tout ce qui ne lui est étranger : « que mon oui soit oui,  et que mon non soit non » le choix d'un chemin exclu tout tourisme spirituel, et tout butinage parasite, et de s'éloigner d'un culte de l'homme plus ou moins déguisé et divinisé. En général l'homme moderne est incapable de vénérer et de reconnaître le Dieu fait homme. La présente humanité fabrique donc des dieux à sa taille. Il lui arrive même d'assimiler le Christ à l'un ou l'autre de ces « grands hommes ».

Christianisme et réincarnation
Suite et fin
Pour bon nombre de fidèles, tant orthodoxes que catholiques romains, la pensée sur la mort est souvent floue et peu consistante, peu structurée, bien plus sentimentale que tout autre chose. Le sens de la « solidarité vivants-défunts » leur fait souvent défaut et laisse souvent place à l'envahissante tristesse. Or comme le disait  Saint-Jean de Saint-Denis « la mélancolie est le plus grand péché dans le plan vital ».
Ce déficit de la pensée religieuse est en partie la conséquence « de l'épais matérialisme qui régna au 19e et XXe siècle essentiellement scientiste ».
Or la révélation biblique nous enseigne que ce monde a un commencement. Elle nous apprend aussi qu'il aura une fin. Cette révélation traverse toute la Bible : « je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (Ap 1,8) ; dès l'Ancien Testament cela est posé (Gn 1,1). C'est confirmé par de nombreux prophètes (Isaïe, Joël, etc.).La conception judéo-chrétienne de l'histoire est linéaire et non pas cyclique. L'Ancien Testament affirme également que nous sommes appelés à ressusciter. La résurrection du Christ nous précise que c'est bien de la résurrection de la chair dont il s'agit. Cela n'a rien à voir avec la survie d'une âme dans le monde des idées selon Platon ou d'autres qui le sont. Saint-Paul appelle Jésus le « premier-né d'entre les morts » (Co 1,18). Il affirme que tout homme ressuscitera car «  ce que Dieu a créé à son image » ne peut retourner au néant. Dès l'Ancien Testament la prophétie d'Ezéchiel affirme cette résurrection.
Pour nous chrétiens, la mort est « contre nature », car Dieu a créé l'homme incorruptible, et Saint-Paul précise que « la mort est le salaire du péché », c'est-à-dire de notre éloignement de Dieu. Il est pour nous évident que la mort est « le lieu où Dieu n'est pas », tout comme l'enfer. Par contre celui qui vit en Christ « est caché avec le Christ en Dieu ».
Quant au jugement dernier, il n'a rien à voir avec le juridisme des hommes, car « Celui qui nous jugera, Lui, nous aime ». Ezéquiel affirmait déjà : « je ne veux pas la mort du pécheur, mais  qu'il se convertisse et qu'il vive ». Nous seront jugés par l'Amour et par la Vérité de Dieu, cela ne diminue pas notre responsabilité pour toute notre vie. Par contre nous devons nous débarrasser de nos représentations juridiques. L'église a trop souvent abusé de la pédagogie de l'intimidation dans l'esprit d'un code pénal des plus impitoyables, oubliant «  l'abîme de la miséricorde de Dieu » or celle-ci est illimitée. « Seul l'homme, par un libre refus ou par révolte, peut s'opposer à cette miséricorde, et demeurer toujours dans la souffrance de son refus ». Nous pouvons expliquer ceci par l'attitude négative de celui « qui passe » face à son bilan.
Pour le père Alexandre Turincev « le problème de l'enfer est, de tous, le plus crucial. La conscience morale peut admettre l'enfer compris dans le sens un état de purification de l’âme, durable soit, mais pas éternel ». Saint-Jean Chrysostome disait dans un sermon pascal : « l'enfer a été frappé de mort lorsqu'il rencontra le Christ ». Dans le christianisme « la victoire sur les puissances de la mort »  au Golgotha et le cadavre « devenu source de vie », s'intègrent dans la conscience du croyant, le préparant au « passage du seuil » ; les poisons de destruction de l'individualité humaine sont alors neutralisés par la destruction de la mort. Nous pouvons affirmer que le Christ en croix agit comme un enseignant dans le subconscient des fidèles pendant leur vie terrestre et même après la naissance au ciel.
L'église orthodoxe ignore la distinction latine de l'enfer et du purgatoire. Elle prie pour tous les morts, et n'admet pas qu’il y en ait qui soient dès maintenant damnés pour toujours. Certes le salut est personnel, et je suis responsable devant Dieu de ma vie. Mais cela n'exclut pas la solidarité entre tous les êtres créés : les membres de l'église qui luttent dans ce monde, et ceux qui sont déjà récompensés dans l'autre, font partie du même corps. C'est ce que nous appelons « la communion des saints ». Tous sont appelés à une nouvelle vie car la prière du juste peut obtenir le pardon du pécheur même si celui-ci est déjà défunt.
Vous avez compris, que pour nous, les fidèles qui sont « nés au ciel » sont vivants, non plus dans notre continuum spatio-temporel, mais sous d'autres modalités. Il est donc tout à fait naturel de prier pour eux, ainsi que d'être convaincu qu’eux aussi peuvent nous aider. Après la naissance au ciel de l'un des nôtres, nous prions pour lui pendant 40 jours, et en faisons mémoire dans les litanies et les dyptiques. La quarantaine est le temps de la pénitence, du pardon, de la guérison et du retournement, la théchouva, pour nos frères juifs et la métanoïa pour les Grecs. Rappelons-nous les 40 jours de Jésus dans le désert, les 40 jours de Carême ou de l'Avant, les 40 ans du peuple élu dans le désert.
Dans nos liturgies, cette collaboration des élus et des vivants est toujours présente : lors de l'entrée, le prêtre demande à Dieu que son entrée « dans le Saint des Saints soit aussi celle de Tes esprits incorporels » (hiérarchies angéliques et tous les saints). Dans les litanies nous prions pour tous, et pour toute la création. Nous prions même pour ceux qui refusent la Grâce de Dieu. Nous prions en communion avec les hiérarchies célestes et tous les saints : « avec eux nous offrons nos prières pour tous ceux qui nous ont précédé dans la paix du seigneur, depuis Adam jusqu'à nos jours ».
Cette action,  concertée des vivants, de ceux qui sont passés, et les hiérarchies angéliques, se retrouve  également dans les vêpres et l’Office des défunts du 2 novembre. Nous prions pour sauver de la damnation « tout et tous ». Puis nous demandons au Seigneur de suppléer, par les larmes des vivants, l'insuffisance des œuvres des morts. Le chant d'introduction de l'Office des défunts nous donne les conditions de cette vie nouvelle : « Donne lui Seigneur, le repos éternel, et que brille à jamais sur lui la lumière ». Le défunt quitte, harassé de peine, un monde de ténèbres, la nuit de l’être, et il entre dans la Lumière. Il  « passe » du temps qui s'écoule au Présent. Nous avons tous vécu, à un moment ou à un autre, des instants à propos desquels nous avons pu dire : « il semble que le temps s'est arrêté ». Ces expériences nous donnent une vague idée de ce que peut-être ce Présent. Cette libération dynamique de l’être nous fait entrer dans la Lumière et le Présent : c'est « la Présence ». C'est le temps de la Grâce. C’est le lieu où les élus se nourrissent de Dieu et Le respire. Et là tout est chanté  ou psalmodié. Car c'est cela notre vocation: « être des chantants ». Pour nous chrétiens, la création est une majestueuse liturgie, et son mouvement naturel est « de chanter Dieu en sachant qu'elle Le chante ».





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